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  • Pierre Guilbaud

Angelus Hut

Mis à jour : 19 avr. 2020

Le réveil est glacial ce matin là. Le lac au bord duquel nous avons passé la nuit vapote sa fumée blanche en attendant les premiers rayons du soleil. On avale un café bien chaud, qui nous ouvre enfin les yeux. Il est 7 heures. On finit de packer les sacs avant d'emprunter la route de poussière qui nous mènera au point de départ de notre séjour. Je n'apporte qu'un seul objectif, probablement encore traumatisé des 15 kilos qui m'avaient mené la vie dure, sur les pentes du Taranaki, quelques jours auparavant. Quelques barres de céréales, des fruits secs et 200 grammes de flocons de pomme de terre devront nous convenir jusqu'au lendemain soir. Le premiers pas serpentent le sentier, à cheval entre la fraîcheur matinale de la forêt et la chaleur nourrissante du soleil qui scintille sur le lac Rotoiti, en contrebas. Quelques centaines de mètres de dénivelé plus haut, le paysage s'éclaircit. Sur notre droite, un abri précaire pour les skieurs atteste des humeurs capricieuses du climat local en Hiver. 1250m, on se retrouve vite au cœur d'un paysage rocailleux, presque lunaire, contrastant à altitudes similaires, avec les alpages verdoyants de nos montagnes françaises. Ici, quelques vulnérables touffes de végétation teintent de couleurs chaudes ce panorama dépouillé de vie.


On parcourt les crêtes sur près de 9 kilomètres, entouré par la Saint-Arnaud Range à gauche, et les collines verdoyantes de la vallée. Le parcours se fait parfois plus technique et aérien. Les nuages accompagnent les rafales de vents qui giflent nos visages et ralentissent notre avancée. Enfin se profile notre point de chute pour la nuit, après 12 kilomètres. La Angelus Hut se niche au pied de la Spencer Range. Les anciens glaciers qui recouvraient les sommets ont formé la multitude de lacs qui parsèment ces cuvettes. On plante nos tentes comme on peut avant que la nuit ne reprenne ses droits. Le sol hétérogène nous encourage à repousser le coucher le plus tard possible. La Hut est complète ce soir là, chacun trouvant un échappatoire au COVID-19 qui arrive dans le pays. Nos narines prennent le temps de s'acclimater aux odeurs pédestres, pendant que le réchaud fait bouillir l'eau. Notre purée mousseline est bien fade. On l'agrémente de pesto, gentiment offert par un couple de français rencontré plus tôt sur les crêtes. C'est bon de manger chaud. On grignote quelques fruits secs, on boit une tisane et on joue aux cartes, alors que les nuages balayent notre abri. Un bref intervalle me fait sortir mon boîtier et capturer les étoiles qui vibrent dans la clarté du ciel. Ce sont tous ces moments simples, passé en montagne, qui me donne envie de les immortaliser. On regagne notre campement alors qu'un épais brouillard nous enveloppe pour la nuit.


A l'aube, les étirements nous font croustiller le dos, reconnaissant de ces petits mouvements bienveillants. Le vent qui agitait la toile de tente pendant la nuit ne faiblit pas. On profite d'un café avant que le silence matinal de la Hut ne s'évapore. Le soleil effleure les premiers sommets et ses rayons inondent peu à peu les lieux. On lève le camp vers 9h. La journée prévoit d'être longue. Les 1000 mètres de dénivelé négatif se concentrent sur les 5 premiers kilomètres, et les sacs à dos fragilisent nos épaules. Le Cascade Track doit son nom aux chutes d'eau qui composent ce décor de bout du monde. La Nouvelle-Zélande regorge de ces diversités de paysages. D'un coté à l'autre de la montagne, végétation et climat varient à l'extrême, et d'un paysage presque lunaire, nous traversons désormais un oasis propice à la vie. Le peu de randonneurs que l'on croise ont divisé l'étape en deux et passé la nuit dans la Coldwater Hut, point de repère en bout de vallée d'où démarrent les nombreuses ascensions de la chaîne. Là bas, on dégote un spot en bord de rivière pour le déjeuner. L'eau est aussi froide que transparente et la baignade apaise les muscles sollicité dans l'effort. A proximité du cours, on s'autorise à somnoler un court instant, casquette sur les yeux, bercé par le chant des Piwakawakas et le bourdonnement délicat des insectes. Puis la marche reprend, le long de la rivière, puis du lac. Elle semble ne jamais prendre fin, et c'est après 21 kilomètres, que l'on parvient enfin à la route de poussière qui nous mènera à notre maison sur roues. Il est 18H45, alors on court chercher notre stock de bières bien mérité, que l'on sirote fatigué mais sourire aux lèvres, jusqu'à tard dans la soirée.


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